… ou la grande colère de Sainte-Ulphe contre les grenouilles de Cottenchy qui coassaient sans cesse, la nuit et jusqu’à l’aube, dans les marais bordant son ermitage près de Boves. 

Si plusieurs versions sont avancées sur la légende marquant la vie de la jeune Ulphe au 8e siècle, toutes s’accordent à lui reconnaître une éclatante beauté. C’est d’ailleurs ce cadeau de la nature qui est à l’origine de son aventure. Vivant à l’aise chez ses nobles parents dans son Soissonnais natal, la belle ne savait comment décourager ses nombreux soupirants. Et ce d’autant plus qu’elle avait découvert la grâce auprès de moines prêchant l’amour du Christ, à qui elle voulait se consacrer entièrement. Craignant que ses parents ne l’obligent à choisir un prétendant ou pire, que l’un d’entre eux, dépité, ne la contraigne par la force de céder à sa passion, elle allait même jusqu’à se griffer le visage avec les ongles, simuler la folie ou l’ivresse. À la fin, lasse de toutes ces ruses, elle s’enfuit de chez elle par une sombre nuit. Guidée sans doute par l’Esprit-Saint, elle courut, courut des jours entiers puis marcha, marcha sans s’arrêter, voulant s’éloigner le plus possible de ses trop fougueux galants. 
Mais un jour, à l’aube, près de la rivière Noye traversant les marécages, ses forces lui manquèrent. Épuisée, elle s’effondra sur l’herbe et s’endormit. C’est alors que la Vierge lui apparut en songe. La mère de Jésus lui dit qu’elle était arrivée à l’endroit où elle devait tenir sa promesse de servir le Seigneur dans le silence et la prière. C’est là qu’au petit matin, Domice, un moine confesseur vivant également en ascète sur les rives de l’Avre à Fouencamps et qui allait prier et chanter les Laudes à l’église de Saint-Acheul à Amiens, la découvrit. Après l’avoir écoutée puis réconfortée, il l’aida à installer son propre ermitage.
 
MUETTES COMME LES POISSONS !
Dès lors, à chaque aurore, l’anachorète frappait à la porte chez sa sœur spirituelle et, tous deux, en fredonnant cantiques et psaumes, se rendaient célébrer matines. Un jour pourtant, malgré les appels bruyants de Domice, l’huis resta clos et il dut se rendre seul à l’office. Intrigué, inquiet, il revint le plus vite possible et trouva Ulphe en pleurs, agenouillée, réclamant le pardon de son Maître. Elle lui expliqua alors qu’elle n’avait pu fermer l’œil de la nuit à cause des coassements incessants des grenouilles. Ce n’est qu’au lever du jour qu’elle tomba dans un profond sommeil, l’empêchant d’entendre ses appels. Elle lui raconta aussi que, soupçonnant un coup du Malin, elle s’était vengée de ses suppôts. Futée, elle s’était mise à chanter pour les attirer et, comme sa voix était à l’image de son charme, bientôt toutes les rainettes et roussettes du coin l’entourèrent. C’est alors qu’elle leur lança cet anathème « Méchantes bêtes, amies du diable. Par votre faute, je n’ai pu prier le Seigneur. En son nom, je vous défends de chanter ; désormais, vous serez muettes comme vos frères les poissons ! » Et la légende d’affirmer que, dès ce jour, plus aucun batracien n’osa troubler le repos de la sainte !
Discrète, comme le fut sa vie, une petite chapelle à Cottenchy honore Sainte Ulphe, la belle ermite qui fit taire les grenouilles.
 
 
Naguère, dans l’enceinte de la célèbre abbaye cistercienne du Paraclet, fondée en 1219 par Enguerran II seigneur de Boves, un sanctuaire évoquait déjà la légende de la sainte.  Cette jeune ascète du 8e siècle ayant imposé silence aux batraciens qui, coassant sans cesse dans les marais près de son ermitage, l’avait empêché un matin de se rendre écouter mâtines avec Domice, son compagnon de prières.
Mais, lors des invasions espagnoles du 17e siècle, les nonnes et leur abbesse quittèrent leur couvent pour se réfugier à Amiens. À l’abandon, le domaine se détériora peu à peu avant d’être démoli en 1714. Par chance, après la tourmente révolutionnaire, il reprit vie avec l’aménagement d’une grande ferme. À son tour, vers la fin du 19e siècle, celle-ci se transforma en école d’Agriculture avant de devenir le lycée actuel. C’est contre son mur, près de la porte d’accès en bord de route, qu’en 1914 fut construite une modeste chapelle en pierre abritant la statue de la sainte. Là aussi, au fil des années, ce petit sanctuaire se dégrada progressivement. Et il aurait sûrement sombré dans l’oubli si, en 1989, une association locale « Les Amis de Sainte-Ulphe » n’avait décidé sa restauration. Remis à neuf, l’édifice fut béni deux ans plus tard, le 8 septembre 1991.   
Domice, un autre anachorète qui partageait la foi d’Ulphe et l’accompagnait dans ses prières, dispose également d’une chapelle, édifiée à Fouencamps près de la rivière Avre qui bordait, dit-on, son lieu de retraite. La bâtisse de l’époque, en pierre et brique, fut reconstruite au milieu du 18e siècle. Jusqu’à la fin du 19e siècle, ce lieu de culte faisait l’objet d’un pèlerinage annuel en l’honneur des deux saints, dont la légende demeure gravée sur deux plaques. 
 
D'après JDEF
 

Lettre d'infos

Recevez la lettre d'informations du vendredi!

Nom:

Email:

Voir aussi

Proposez votre info

Vous souhaitez nous proposer un contenu à placer dans une des rubriques du site? Soumettez-nous vos informations!

Identification

Joomla ExtensionsBangla MusicDrupal Moduleswordpress pluginsBangla NewspaperDownload Online VideoWeb DevelopmentPhp Programming