Jusqu’à ce funeste matin du 06 août 1945, avant qu’un gigantesque et ravageur champignon s’élève dans le ciel d’Hiroshima au Japon, l’expression «FAIRE LA BOMBE», n’exprimait que l’idée de joie, de liesse et de plaisir.
En particulier pendant les périodes de fêtes…

Apparue à la fin du 19e siècle, d’abord sous la forme « Partir en bombe », cette locution évoque en effet la joyeuse vie des fêtards, bambocheurs et autres ripailleurs. Et il n’est pas si rare qu’à la débauche de mets et de boissons, s’ajoute un tantinet de libertinage.

Cette expression s’inspirait en fait, sous une forme édulcorée, de son aînée «Faire bombance», donnant elle aussi cette même notion de copieux festins, banquets et beuveries mais avec une teinte de luxe et d’arrogance.
Pour certains, l’altération  proviendrait de l’apparition de la bombarde ; pour d’autres, ce serait une parodie sur les machines infernales posées par les anarchistes. Tous pensant sans doute au cliché sur l’explosion… de rire ou de poudre ! De là peut-être la variante « Faire la bombe … à tout casser » !

JUSQU'A PLUS SOIF !
Toujours dans le domaine des libations, une autre expression datant du début 20e siècle, s’applique à une personne qui boit beaucoup et souvent s’empiffre aussi «S’en mettre (ou de façon plus triviale s’en foutre) plein la lampe».
Plusieurs versions s’affrontent sur son origine. Si l’on s’en tient au sens littéral, on peut y voir le remplissage fréquent et à ras bord des vieilles lanternes à huile puis à pétrole ! De façon plus imagée, on peut imaginer la forme de l’appareil digestif, ce qui aurait peut-être inspiré le verbe lamper et le nom lampée, pour signifier boire avidement, à larges gorgées. Enfin, si on pense à l’ancien mot « lampas », ce serait plutôt à la gorge et au gosier qu’il faudrait songer. 
D’autres locutions synonymes s’ajoutèrent peu à peu au répertoire des « bons vivants ».
« Faire la fête » que les jeunes générations ont transformé en « S’éclater ». «Faire la fiesta» venant tout naturellement d’au-delà les Pyrénées. «Faire la foire» rappelant l’animation qui règne dans les fêtes foraines. «Faire la noce» une image liée aux réjouissances régnant lors des mariages. «Faire la tournée des grands-ducs», une allusion aux tapageuses virées des nobles de Russie à la Belle Epoque. «Faire la nouba» issu d’un mot arabe désignant une bruyante fanfare. «Faire la bringue ou bringuer» qui jadis signifiait simplement boire à la santé de quelqu’un. «Faire la java», qui proviendrait d’une conjugaison populaire du verbe aller : j’y vas !...
Un large éventail de métaphores, dans lesquelles la boisson est reine et qui donna naissance à ce proverbe anglais « Bacchus a noyé plus de marins que Neptune » !

SABRER OU SABLER ?
Quand on fait la bombe, il est courant qu’au cours des agapes, l’on fasse sauter les bouchons de bouteilles, de magnums voire d’un jéroboam afin que le champagne coule à flot. 
La plupart des amateurs de cette divine boisson se contente de « démuseler » le goulot et d’ôter le bouchon à la main, le bon goût voulant qu’on évite de le faire sauter trop bruyamment.

Certains pourtant, imitant les cosaques ou hussards qui l’utilisaient naguère, adoptent leur façon originale et spectaculaire de déboucher la bouteille. Ils disent «Sabrer le champagne». En glissant rapidement et franchement une lame sur le goulot de la bouteille rafraîchie, celui-ci se casse ainsi tout net, libérant l’exquis vin doré et pétillant. Le sabre de cavalerie représente bien sûr le nec plus ultra mais un solide couteau fait très bien l’affaire. Mais, pour bien décapiter la bouteille il faut quand même une certaine dextérité pour ne pas tout faire éclater !

Cette expression ne doit pas être confondue avec cette autre tournure «Sabler le champagne ». Une locution venant du 17e siècle, quand le verbe sabler s’appliquait surtout en fonderie pour « couler dans un moule de sable ». Comme cette opération se faisait prestement, d’un seul coup, le bon sens populaire l’adopta pour imager le fait de « boire d’un trait ». Ce qu’aujourd’hui l’on dénomme « S’en jeter un derrière la cravate » ou «Faire cul sec».
Quant à cette autre version d’un saupoudrage de sucre sur le bord de la coupe ou de la flûte pour que le vin mousse davantage, il semble qu’elle relève plus de l’imagination que de la réalité. 

Mais, quelle que soit l’expression utilisée, il faut éviter de mal interpréter le proverbe «Il n’y a pas de bonne fête sans lendemain».
Celui-ci n’incite pas en effet forcément à poursuivre les réjouissances mais rappelle plutôt que c’est souvent le jour suivant que l’on paie les excès de la veille ! D’où l’intérêt de manger raisonnablement et surtout de consommer… avec modération !
 
J. Defretin
 
Parti Pris Expression populaire  20 03.01.2010
 
 
     

 

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